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ENTRETIEN AVEC GRÉGOIRE SOLOTAREFF
recueilli par Philippe Paumier

IL ÉTAIT DEUX FOIS...
Loulou est un personnage que j'ai créé il y a 25 ans. A l'époque, le premier album était un passeport de liberté artistique : dans mes travaux précédents, j'étais dans une cuisine réductrice d'illustrateur et je rêvais d'un plaisir de dessinateur, avec des traits directs, simples. Je l'ai finalisé en vingt-quatre heures, motivé par l'énergie, la spontanéité... la naïveté aussi ! Sans naïveté, on n’ose pas grand chose, si ?
La publication a bien marché et, d'une certaine façon, Loulou m'a échappé.
Il y a dix ans, lorsque j'ai commencé à travailler sur un film d'animation avec Valérie Schermann et Christophe Jankovic, nous pensions déjà au long. Mais, stratégiquement et financièrement, nous sommes partis sur un format court : Loulou et autres loups. Ensuite, il y a eu l'aventure U qui, je crois, a été remarquée puis nous sommes revenus, dix ans plus tard, sur l'envie première d'un long qui est devenu Loulou – L'incroyable secret.
L'idée de départ a toujours été de faire grandir les personnages. Il y a eu plusieurs versions du scénario - les premières écrites avec mon fils Emmanuel pendant un an et demi – avant de retrouver Jean-Luc Fromental, déjà complice de Loulou et autres loups. La suite du processus a pris autant de temps. Jean-Luc a une démarche complémentaire de la mienne : il connaît davantage les codes du scénario et de la dramaturgie propre à l’animation. Dans notre travail, nous avons été alternativement Tom et Loulou. Comme les deux faces d'une même personne.
Le film commence sur une barque qui dérive, avec Loulou et Tom à son bord. C'est un début onirique, un fantasme aussi. Tout est parti d'une phrase de Renoir qui disait que l'on n'était qu'un bouchon sur la mer. J'aime aussi l'idée d'un événement fort qui vient perturber la sérénité du quotidien. C'est le point de départ de la quête initiatique de Loulou.





PERMIS DE RÊVER
Avec Jean-Luc, on partageait le désir de créer autant de personnages attachants que de jalons dans la quête de Loulou. Il ne s'agissait pas d'assouvir un simple plaisir créatif mais d'enrichir le fil classique de l'histoire. Par exemple, la diversité des accents est le fruit du brassage de nationalités qui résonne chez Jean-Luc et moi. On est tous les deux de cultures occidentales et orientales : lui est, dans un sens, un enfant de Tunisie ; moi, de Russie et du Liban. Cela se retrouve, je crois, dans nos sensibilités.
La quête des racines est au cœur de l'histoire de Loulou – L'incroyable secret : les miennes sont donc orientales et russes, ce qui me rend curieux, non pas du passé, mais de rituels culturels différents. A l'issue de son parcours, Loulou ne va pas infléchir le cours de son existence. L'intime est forcément convoqué : j'ai récemment écrit un petit texte sur l'adoption - sujet qui me tient personnellement à cœur - qui a été joué par Anne Azoulay. L'idée de retrouver sa mère qui vous a abandonné, pour une raison justifiée ou pas, est très présente. C'est une étape que l'on doit accomplir mais qui n'est pas nécessairement fondatrice à mon sens.
On peut - est-ce que l'on doit, c’est une autre question - rester en retrait ; notre existence a déjà été forgée par d'autres gens - ceux qui nous ont élevés - et d’autres événements...
En dessinant et en écrivant les dialogues, je visualise les scènes comme s'il s'agissait d'un film de fiction avec des humains pour acteurs. Je ne raisonne absolument pas en terme d'animation car je m'inscris dans le réel. Cela ne veut pas dire que l’animation m’intéresse moins. Par exemple, j'adore Tex Avery mais je n'aime pas le cartoon pour son côté trop codifié ou lorsqu'il devient un tic permanent.
Dans mes livres comme dans les films, j'ai besoin de croire à l'histoire et aux personnages : il faut une cohérence propre à un univers dont le cadre est, lui, irréaliste. L'imaginaire absolu n'existe pas ! Il est inspiré par le désir de retrouver des émotions. En revanche, il faut arriver à se surprendre. Il peut arriver d'atteindre, de temps en temps, une certaine grâce artistique lorsque l'on dépasse ses limites techniques: je pense que cela se produit lorsque l'on ne cherche pas à les connaître. L'expression «creuser son sillon» est pour moi abominable : on devient peut-être un bon professionnel mais ce n’est pas suffisant quand il s’agit de création !





LES FEMMES DE MON POTE
Tom et Loulou partent à la recherche d'une femme inconnue et vont croiser toute une galerie de personnages, souvent féminins. Parmi eux, Scarlett est clairement le pivot du film : c'est une fille de leur âge ou un peu plus, mignonne, ambiguë et contradictoire donc attirante. Scarlett, c'est l'éternel féminin, à l'inverse des petites lapines du premier Loulou qui étaient des frangines un peu nunuches (rires). De son côté, elle est la favorite du Prince et vit dans une prison dorée : Tom et Loulou représentent soudain la perspective d'un ailleurs. A l'image des jeunes filles, Scarlett est plus futée et mature que les garçons de la même génération. Elle est flamboyante, d'abord parce qu'elle est rousse et renarde ; ensuite, parce qu'elle est la passerelle entre le monde des adultes – Wolfenberg, cette principauté d'opérette – et celui de l'adolescence.
A travers ces rencontres, Tom et Loulou appréhendent l'éveil des sens. Au début de l'histoire, il y a Cornélia, la bohémienne, la femme mystérieuse aux multiples visages. J'ai dessiné pas mal de corneilles auparavant : c'est une figure que j'aime et dont j'imagine – sans en connaître vraiment la raison - une certaine parenté avec la mère de Blanche-Neige, à la fois humaine et animale.
Lorsque Tom et Loulou errent dans les rues nocturnes de Wolfenberg, la bonne étoile s'appelle Rosetta, veuve Galantine. Ah, Rosetta... adolescent, j'ai rencontré la mienne lors d'un voyage en Autriche (rires). Je me suis retrouvé dans une auberge en bois, tenue par une dame hallucinante, exubérante et généreuse comme Rosetta. On a tous connu des femmes comme elle qui tiennent à vous nourrir - y compris de force - dans la joie : elle est à la fois sur-maternelle et fantasme Fellinien ! A travers Rosetta, il y a de petits clins d’œil sexuels sans qu'il y ait trop d’allusions sur le fond.
Enfin, il y a Olympe qui est l'archétype de la femme fantasque et surtout LA maman de sang.



ADO, L’ESSENCE
J'ai toujours été très attaché à l'univers de l'enfance. Malgré le temps, j'en garde des souvenirs, des sentiments très vivaces. Une fois exprimés, je pense qu'ils font parfois écho au vécu des lecteurs et spectateurs. Dans mes livres, la «stratégie de communication» consiste à travailler avec ces munitions pour fabriquer du plaisir, de la curiosité et un sentiment de liberté. Dans Loulou – L'incroyable secret, les héros devenus adolescents vivent l'illusion de liberté, à travers le voyage – en forme de road-movie -, et l'aventure, l'imprévisible.
Tom et Loulou sont aussi curieux des autres, «perméables», ce qui est caractéristique de la période pré-adulte. Loulou et Tom ont une approche de l'adolescence très différente. Loulou est un grand gamin alors que Tom est plus mature, réfléchi. Jean-Luc et moi avons trouvé en eux cette dualité de personnages qu'on affectionne : le petit - par la taille - qui fanfaronne et en montre plus qu'il n'en sait en réalité ; l'autre qui a grandi trop vite, longtemps loup sans le savoir, l'image même de l'éternel candide. Ce mélange de frime et de naïveté est propre, je crois, aux garçons. Ils restent d'ailleurs souvent ados jusqu'à 30 ans, contrairement aux filles (rires).
L'adolescence, c'est aussi la découverte sensuelle. Les femmes que l'on a évoquées en sont la clé mais, plus généralement, on s'est demandé avec Jean-Luc comment évoquer la sexualité - vaste sujet très présent chez les éternels ados que nous sommes tous - sans en parler explicitement. Dans le passé, on m'a parfois reproché d’y faire trop allusion dans mes livres. Pour la petite histoire, les Américains, en particulier, ont refusé de publier «Le petit musée» - un livre d’art pour la jeunesse paru à «l’École des Loisirs» - qui détaille des peintures classiques, à cause d’un tableau de l’École de Fontainebleau montrant... des seins nus ! (rires).
Sur Loulou – L'incroyable secret, on est allé jusqu'à la limite - mais pas au-delà - de ce que les parents disent à leurs enfants. Le sexe existe, on peut en faire des blagues, des allusions, comme dans tout conte de fées aussi. L'«autocensure» était donc naturelle et pas plus importante que pour nos livres respectifs à Jean-Luc et à moi. La période de préadolescence, telle que tous les garçons l'ont vécue, est riche de curiosité et de désirs. C'est ainsi que Scarlett représente la copine idéale, sexy, un peu plus vieille et qui a déjà «vécu». Finalement, il y a un petit côté Le lauréat ou Un été 42 - deux grands films auxquels je ne compare pas Loulou ! - dans le parcours initiatique de Tom et Loulou (rires).





UNE EQUIPE HORS DU COMMUN
Contrairement aux films de fiction pour lesquels la notion est un peu différente, l'auteur d’un dessin animé est présent à tous les stades de la fabrication mais ne réalise pas forcément le film car c’est un autre métier. C'est lui qui est responsable du suivi artistique. Mais c'est toujours difficile pour moi d'accepter la longueur du processus. L'animation est par essence l'anti-dessin mais c'est un autre vecteur d'expression, de grâce aussi dans le meilleur des cas.
Mais l’animation n’est pas mon métier et pour Loulou – L'incroyable secret, c'est Éric Omond qui est en charge de la réalisation. Mon rôle était de voir si le résultat fonctionnait ou pas, du point de vue du créateur, du «géniteur». Même si l'aventure est passionnante et permet de toucher un plus large public, on est un peu frustré parce qu'un dessinateur est habitué à vivre dans l'immédiateté du résultat. Ce qui est le contraire de l’animation.
Après le dessin en solo, le travail d'équipe est une expérience formidable. Elle nourrit l'inspiration et c'est très gratifiant de voir autant de personnes qui adhèrent à votre travail et font tout pour le mettre en valeur, le faire exister autrement. J'admire l'exigence et la minutie de tous les gens impliqués. L'important pour moi est alors de préserver l'émotion, les thèmes que je voulais communiquer, tout au long de ces filtres et de cette dilution temporelle. J'ai parfois été très dur sur certaines phases de l'animation, taraudé par des détails qui me paraissaient importants mais que, finalement, je suis sans doute l'un des seuls à voir. Au final, le rendu est d'une assez belle facture. Les décors en particulier. Il faut toujours attendre la vision globale du film pour faire taire ses doutes et ses angoisses !





LES VOIX DE SON MAÎTRE
A mes yeux, la plus belle étape du processus d'animation, ou tout au moins la plus nouvelle pour moi c’est-à-dire la plus intéressante, est celle où interviennent le son, le mixage et l'enregistrement des voix. Dès l'écriture, j'avais en tête des couleurs de voix et d'accents. Lorsque l'on imagine des personnages avec des caractères cohérents, il faut que la voix les révèle, voire les enrichisse. Avec la directrice de casting, on a donc entamé des recherches à partir d'une famille d'acteurs dont les voix me plaisaient et le casting a été ensuite organisé à l'aveugle. Sans connaître les personnes, nous avons naturellement trouvé ceux qui portaient la douceur de Loulou, la vivacité de Tom, l’extraversion de Rosetta etc... L'enregistrement a duré quinze jours et c'était un pur bonheur ! Lorsque l'on a rencontré les acteurs avec Éric Omond, on leur a parlé des personnages comme s'ils étaient en chair et en os. L'exercice les amuse énormément ; ils sont souvent curieux et se lancent dans des improvisations inattendues.
Avec Éric, l'enregistrement est l'occasion d'une véritable direction d'acteurs, parce que leurs personnalités influent sur l'esprit et le ton du film. Je n'ai jamais été étonné de la correspondance entre les comédiens et leur voix. Dans le studio, Stéphane Debac EST Tom ; Malik Zidi est quelqu'un de plus doux et posé alors qu'Anaïs Demoustier est plus «adolescente»: cela correspond sans doute à leur caractère dans la vie. Même physiquement, il y a parfois des points communs troublants, alors que je les ai dessinés avant de les choisir !
Une voix peut aussi modeler la façon dont un personnage va être animé. Marie Berto a totalement influencé Rosetta : sa générosité et sa truculence ont accentué encore davantage la dimension gargantuesque du rôle (rires). Je pense aussi à Carlo Brandt dans le rôle de Lou-Andrea : il a un débit grave, lent, ténébreux, qui a imposé la stature sadique de son personnage !
Et puis, il y a Marianne Basler dont le jeu donne un grain de folie qui manquait parfois à Olympe. Je l'avais découverte en 1985 dans Rosa la rose, fille publique de Paul Vecchiali : elle y était éblouissante de charme et de frémissement. Lorsque sa voix explose, Olympe est davantage sur le fil, ce qui la rend aussi singulière.



LOULOU, C’EST VOUS ?
Même s'il existe depuis plus de 25 ans, Loulou n'est pas un personnage qui accompagne mon quotidien. Heureusement ! En revanche, le loup comme héros de fiction me passionne : il est solitaire, mystérieux, source de rumeurs et de mythes fous, et j'en dessine encore souvent. L'idée de trimbaler Loulou jusqu'à la fin de mes jours m'effraie ! C'est pour cette raison que la base du film était son évolution : il grandit et là, cela représente un défi artistique.
Les animaux «humanisés» continuent d'être ma source principale de créativité. La Fontaine et les fables d’Ésope ont été mes premières amours de dessinateur. J'en ai gardé ce plaisir de faire des caricatures : celles des hommes ne m'intéressent pas ; passer par les animaux est un moyen de prendre du recul. Vis-à-vis des enfants, cela m'a permis de faire passer des thèmes compliqués, des vérités délicates. A mon avis, les animaux convoquent un imaginaire plus large. Et, plus que tout, ils sont un vecteur d'expression qui vous offre une assez grande liberté !